La succession ouvre une situation que personne ne choisit : tant que l'héritage n'est pas réparti entre eux, le logement appartient à tous les héritiers ensemble, chacun pour sa part. C'est ce qu'on appelle l'indivision.
Concrètement, aucun héritier ne peut décider seul de louer, de vendre ou d'engager des travaux importants. Pour les décisions courantes, comme louer, il faut l'accord des héritiers qui détiennent ensemble au moins les deux tiers du bien. Pour vendre, il faut l'accord de tous.
Cette règle explique la plupart des blocages. Un frère veut vendre, une sœur veut garder : le bien reste vide, les charges courent, et la valeur se dégrade.
Le détail du fonctionnement, des règles de majorité et des sorties possibles est traité dans l'article consacré à l'indivision.
Vendre règle la question : les héritiers se partagent l'argent de la vente plutôt que le logement. C'est la solution la plus simple quand les héritiers n'ont ni projet commun ni attachement au logement. Elle suppose l'accord de tous.
Louer conserve le patrimoine et produit un revenu partagé au prorata des parts. C'est le choix pertinent quand le bien est en bon état, bien situé, et qu'aucun héritier n'a besoin du capital immédiatement.
Garder vide est la pire option, et pourtant la plus fréquente. Un logement inoccupé continue de coûter (taxe foncière, charges, assurance, parfois taxe sur les logements vacants) et se dégrade plus vite qu'un logement habité.
L'attribution à un héritier est la quatrième voie : l'un rachète les parts des autres. Elle évite la vente à un tiers et règle le désaccord, à condition que celui qui reste puisse financer le rachat.
C'est la difficulté que les héritiers découvrent après avoir tranché : le bien a souvent été habité longtemps par la même personne, et son état reflète des décennies d'usage.
D'abord, un logement louable. Installation électrique, chauffage, isolation, absence d'humidité : un logement qui ne respecte pas les critères minimum fixés par la loi ne peut pas être loué, et les logements les plus mal classés au diagnostic énergétique en sont désormais exclus.
Le vidage ensuite. Il faut débarrasser, trier, parfois conserver des meubles pour une location meublée. C'est l'étape la plus lourde affectivement, et celle qui retarde le plus souvent la mise en location.
Les travaux enfin, à arbitrer entre héritiers : qui avance les fonds, comment se répartit la dépense, et selon quelle clé si les parts sont inégales.
Une décision prise tôt évite des mois de vide : établir un budget de remise en état avant de choisir entre louer et vendre, plutôt qu'après.
Trois sujets distincts se superposent, et les confondre coûte cher.
Les droits de succession se paient au moment de l'héritage. Leur montant dépend du lien de parenté avec le défunt et de la valeur déclarée du bien. Cette valeur compte aussi plus tard : c'est à partir d'elle qu'on calcule le gain imposable si vous revendez.
Les revenus locatifs, si le bien est loué, sont imposés au nom de chaque héritier, à proportion de sa part. Chacun les déclare séparément.
Le gain à la revente (la plus-value) se calcule à partir de la valeur déclarée lors de l'héritage, et non du prix payé autrefois par le défunt. Un bien revendu peu après l'héritage dégage donc souvent un gain faible, et peu d'impôt.
Ces trois points se traitent avec un notaire et un conseil fiscal. Un gestionnaire locatif n'a pas qualité pour en décider, et vous méfier de qui vous dira le contraire.
Demander au notaire l'attestation de propriété, le document qui prouve que les héritiers sont désormais propriétaires : sans elle, aucune mise en location n'est possible.
Transférer les contrats : assurance habitation vers une assurance propriétaire non occupant, énergie, eau, et signalement au syndic si le bien est en copropriété.
Faire réaliser les diagnostics, qui conditionnent la décision de louer comme celle de vendre.
Désigner un interlocuteur unique parmi les héritiers, ou mandater un professionnel. C'est le point qui débloque le plus de situations : tant que chacun parle à son tour, rien n'avance.
Décider tôt, même provisoirement. Un bien hérité à plusieurs, sans décision, se solde presque toujours par un bien vide qui perd de la valeur.
Peut-on louer un bien en indivision sans l'accord de tous ?
Oui, pour une location classique : il suffit de l'accord des héritiers qui détiennent ensemble au moins les deux tiers du bien. Pour vendre, en revanche, il faut l'accord de tous.
Qui perçoit les loyers d'un bien hérité ?
Chaque héritier, à proportion de sa part dans le bien. Chacun déclare ensuite sa part de loyers aux impôts.
Faut-il attendre la répartition de l'héritage pour mettre en location ?
Non. L'attestation de propriété établie par le notaire suffit. Attendre la répartition de l'héritage, qui peut prendre des années, revient le plus souvent à laisser le logement vide.
Qui paie les travaux de remise en état ?
Les indivisaires, au prorata de leurs droits. Celui qui avance les fonds peut en demander le remboursement lors du partage, à condition de conserver les justificatifs.
Et si un héritier veut sortir de l'indivision ?
Nul n'est contraint d'y rester : il peut demander le partage, et à défaut d'accord, le juge peut l'ordonner. Les autres héritiers peuvent aussi racheter sa part.
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Diane Sabourin
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